Lawrence William, artiste passionnée en Bretagne : du parcours de vie à la création sensible

Nohô

de Nohô

le Vendredi 23 Janvier 2026 à 11h52

Lawrence William, artiste passionnée en Bretagne : du parcours de vie à la création sensible

Peux-tu te présenter ?

Je suis Lawrence William, artiste-auteure installée en Bretagne. Je travaille à Pont-Aven … dans un atelier partagé. L’histoire de la ville, la « cité des peintres » comme on l’appelle est très inspirante, l’âme de Paul Gauguin y est toujours très présente. Je développe aujourd’hui pleinement mon activité artistique.

Quel a été ton parcours ?

Mon parcours est assez atypique, mais une chose est sûre : j’ai toujours été passionnée par l’art. J’avais une cousine peintre et illustratrice amateur, et un père qui m’a transmis l’amour de la bande dessinée à travers Gaston Lagaffe, Astérix, L’Écho des Savanes… métal Hurlant aussi. Je suis tombée dans le chaudron très tôt comme Obélix ! Enfant, je dessinais partout, parfois en cachette sur mes cahiers, quitte à me faire gronder. L’art m’a toujours attirée, sans que je sache vraiment pourquoi ni comment, ça me paraissait naturel et tellement plaisant. Le fait d’avoir des figures artistiques dans mon entourage a joué un rôle important. Cette sensibilité, je l’avais aussi pour la musique, la photographie et toute forme créative artistique de manière générale.
Au moment des études, je n’ai pas pu intégrer les Beaux-Arts ou une école privée, notamment pour des raisons financières. Je me suis donc orientée vers des études universitaires en marketing et communication. J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années dans des univers très différents : management, marketing, conseil en défiscalisation…
Puis il y a eu une remise en question profonde, notamment lors de la crise financière en 2008… J’ai tout quitté pour reprendre des études en gestion de projet humanitaire. Je suis partie au Cameroun travailler dans une association qui luttait contre le VIH et le paludisme. Ensuite, je me suis installée à Marseille, où j’ai travaillé pour Médecins du Monde, puis dans le secteur social. J’ai accompagné des personnes migrantes, des femmes victimes de violences, des enfants dans le cadre de la protection de l’enfance. Toutes ces expériences humaines ont été extrêmement fortes. Et puis un jour, après une nouvelle période de remise en question, je me suis posée chez moi et j’ai rouvert la boite de Pandore… boîte pleine de carnets, de crayons, de projets laissés de côté. Je me suis remise à dessiner sérieusement même si j’avais un peu pratiqué à l’occasion…il fallait aller au-delà des bases techniques du dessin.
À 47 ans, j’ai décidé de m’inscrire dans une école d’art, puis de me lancer réellement. Je suis revenue en Bretagne, « au pays » comme on dit, et j’ai eu la chance de trouver un atelier partagé à Pont-Aven. Depuis, je me consacre pleinement à mon activité artistique : illustration, projets liés à la bande dessinée, expositions… Mon premier album est d’ailleurs en cours d’impression et sort dans quelques jours. Je le présenterai notamment à Angoulême lors de l’évènement culturel « Le Grand Off » , j’y proposerai aussi des ateliers enfants et adultes en plus des dédicaces.

Quels matériaux utilises-tu dans ton travail ?

Je travaille avec beaucoup de techniques différentes. En peinture sur toile, j’utilise principalement l’huile et l’acrylique, mais aussi des techniques mixtes avec du fusain, pierre noire…
Sur papier, je pratique beaucoup l’aquarelle, l’encre de Chine, les encres colorées, la pierre noire… J’adore explorer les matières, car chaque matériau apporte une ambiance, une texture, une émotion différente.
Mon travail est très centré sur l’expression humaine : les regards, les visages, les émotions. Je pense que mon parcours dans le social et l’humanitaire nourrit énormément ce que je crée. Ce sont des rencontres humaines très fortes qui ressortent dans mon travail. J’aime raconter des histoires à travers l’image. Elles peuvent être inspirées du quotidien, d’une rencontre, d’un film, de l’actualité. Tout devient matière à création. Mon objectif est de retranscrire les émotions, les histoires et les ressentis à travers le dessin et l’illustration et d’amener une réflexion que je partage avec ceux dont je croise la route.

Une œuvre ou un artiste coup de cœur ?

Mon grand maître est Enki Bilal. Il y a d’ailleurs une anecdote à ce sujet que je raconte dans mon album. Un jour, à Rennes, je suis tombée face à une immense affiche de lui, avec un portrait de femme très fort et une phrase qui m’a profondément marquée. Cette image faisait écho à mes engagements, à ma sensibilité, à mon rapport à l’humain et à la condition des femmes. Je suis très attachée aux valeurs humanistes, à l’égalité, à la singularité de chacun. Et Bilal, pour moi, incarne aussi un regard très juste sur le monde, sur l’histoire, sur la géopolitique. C’est un artiste qui observe profondément la société et qui la retranscrit avec intelligence, sensibilité et beauté. J’ai eu la chance de le rencontrer, il s’est montré encourageant et très à l’écoute.
J’ai aussi d’autres grandes références comme Gustave Klimt, Egon Schiele, Modigliani, John Sargent Singer. Je suis passionnée par la période de la Renaissance jusqu’à l’impressionnisme, mais aussi très sensible à l’art contemporain, l’art africain et asiatique… De manière générale, l’image sous toutes ses formes me touche immédiatement.

Le dessin a-t-il toujours fait partie de toi ?

Oui, complètement. Même lorsque je travaillais en entreprise ou dans le social, le dessin était toujours là, quelque part. Il m’est même arrivé de l’utiliser comme outil de communication, notamment avec des jeunes migrants quand la langue faisait défaut. Le dessin permet de créer un lien au-delà des mots. En art-thérapie aussi, j’ai vu à quel point il pouvait aider à raconter des parcours de vie, à exprimer des choses profondes. Je trouve que l’image a quelque chose d’universel et intemporel. On a tous tenu un crayon et dessiné avant même de savoir écrire. Pour moi, le dessin est un outil extrêmement puissant, presque magique.

Que proposes-tu sur Nohô ?

Sur Nohô, je propose des ateliers autour du dessin et de l’illustration. Cela peut s’adresser à des débutants comme à des personnes qui dessinent déjà, à ceux qui veulent reprendre confiance, se remettre à créer ou simplement découvrir.
J’adore transmettre. J’ai déjà donné des cours à des enfants et à des adultes, et c’est toujours un vrai plaisir. Si je peux aider des personnes à avancer dans leur pratique, à oser, à s’exprimer à travers le dessin, je le fais avec grand plaisir.

Peux-tu nous parler du festival d’Angoulême ?

Cette année est assez particulière. Le festival officiel de la bande dessinée a été annulé, mais à la place s’organise un immense « Grand Off ». Environ 500 auteurs seront présents dans toute la ville. Il y aura des ateliers, des dédicaces, des concerts dessinés, des expositions, des conférences, des performances…des tables rondes… Toute la ville d’Angoulême va vivre au rythme de la création et du dessin.
Je serai présente à l’espace Franklin, dans la salle Corto Maltese, avec une quarantaine d’autres artistes de l’association « Les Dauphins de la BD ». Ce sera surtout un très beau moment de rencontre et de partage avec des passionnés de BD, d’illustrations et d’art, un évènement que je qualifierai d’historique et exceptionnel !

Nohô

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le Vendredi 23 Janvier 2026 à 11h52

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